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Témoignage de Chaskel: merci aujourd'hui

Paroles d'étoiles

Extrait de l'Anthologie de témoignages bouleversants recueillis par Jean-Pierre Guéno dans *Paroles d'étoiles*

 

 

Témoignage de Chaskel, enfant juif qui n'oubliera pas...

 

Après la guerre, très peu de déportés ont raconté l'indicible horreur. Rien n'avait été prévu pour les entendre, les écouter. De toute façon, ils étaient vivants et c'était sur le sort des morts qu'il convenait de s'apitoyer, n'est-ce pas ? De plus, leurs récits étaient incroyables.

Même les résistants se sont tus. Anonymes dans la guerre, inconnus dans la paix retrouvée. De-ci de-là, une figure emblématique, nécessaire à la bonne conscience des populations.

À la Libération, les enfants cachés furent confrontés à l'inattention et à l'ignorance des adultes. La révélation du martyrologue de la Shoah et de son ampleur concentrait l'attention. Des millions d'enfants juifs assassinés, mais les enfants cachés étaient vivants. De quoi pouvions-nous nous plaindre ? Ni ecchymoses, ni amputations. Nous avions été sauvés par des gens admirables et chaleureux. Une affectivité mutilée ? Bah, les enfants sont souvent difficiles, bizarres, hypersensibles.

Alors, nous nous sommes tus. D'aucuns se sentaient coupables d'avoir survécu soit à leurs parents, soit aux autres enfants assassinés. En outre, nous ne comprenions m ne mesurions l'impact de cette période sur notre devenir ou simplement sur notre vie quotidienne. Plus tard, progressivement, face à notre destin tronqué, à nos difficultés d'être, nous avons pris conscience de nos décalages et de nos blocages. Les psychothérapeutes ont rarement saisi ce qui fermentait en nous. Comment l'auraient-ils pu ? La Shoah n'a pas de précédent dans l'histoire de l'humanité. Aucune aide donc à attendre de ce côté.

De toute façon, rien ne s'efface de la mémoire. Tous, nous portons un amour profond et nous vouons une reconnaissance infinie aux glorieux, généreux et discrets héros de l'ombre et du cœur qui ont risqué leur vie pour sauver la nôtre. Ils n'ont pas été indifférents. Ils nous ont aimés et témoigné leur immense fraternité. Nous avons beaucoup reçu. Nous n'avions que notre innocence, notre peur et un péril mortel à leur offrir.

Quand, après cinquante années, j'ai trouvé la force d'affronter mon passé et de les revoir, ils étaient tous décédés. Ultime dérision du destin. Je désirais tellement leur dire : « Merci, je vous aime. Je ne vous ai pas oubliés. Je ne vous oublierai jamais. »

CHASKEL

 

 

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